C'est grave docteur? [part #2]
Par Hartwood le dimanche, février 15 2009, 14:59 - Humeurs - Lien permanent
... Je suis en plein paradoxe. Je chiale sans raison, suis pris de crises d'angoisses, sabote ma vie professionnelle. C'est de la faute du célibat. Il m'en faut encore plus...
Il m'en faut plus mais je sature. L'overdose est proche. Je me sens sale, répugnant, je ne suis plus moi.
Qui est cette fille qui m'embrasse et qui m'étreint si vigoureusement? Qu'ai-je foutu de mes putains de convictions?
Je suis devenu l'acteur d'un mauvais film, une pellicule aux couleurs gerbantes singeant grossièrement le pire de Trainspotting et de Requiem for a Dream.
Plus les mois défilent, plus la sensation de vide qui suit une aventure devient insupportable. Ce qui me calmait hier me détruit aujourd'hui. Mais rien à faire. Le célibat est toujours la. Il me nargue et prend un malin plaisir à se dissimuler, à me mentir et à me bercer d'illusions. La prochaine sera la bonne... La prochaine...
Il ne doit plus y avoir de prochaine. Je dois me raccrocher à quelque chose de solide. Mes amis? Est-ce que seulement il m'en reste?
Miraculeusement oui. Ils sont encore la, encore maladroits, parfois ailleurs mais ils sont la. Timidement je me repointe à des soirées. Je me fais violence, détourne le regard de leurs baisers, de leurs projets. Mais je prends plaisir à les retrouver. Et puis, il y a eu cette soirée. Une vieille connaissance est la. Il est comme Machin, a choppé le célibat assez tôt et n'arrive pas à s'en débarrasser. Spontanément il vient vers moi. "Ça fait du bien de retrouver d'autres célibataires". Il me parle de ses conquêtes d'un soir, de ses plans cul. Il semble assumer ce que je vis très mal. Il utilise le mot "célibat" à tout va, m'interpelle fièrement, me rallie à sa cause. Le malaise s'installe. Je ne serai donc devenu plus que ça? Quelqu'un atteint du célibat? Est-ce que c'est écrit en gros sur ma gueule? Est-ce que lorsque je me présente, je dis "Bonjour, je suis Frédéric et j'ai le célibat"?
Cette idée me glace le sang. Ai-je cessé d'être moi le jour ou tout cela est arrivé? Est ce que je ne suis plus qu'une obscure pathologie incomprise? Non, ce n'est pas moi qui ai changé. Ce sont les autres. Je ne suis pas différent d'eux. Moi aussi j'ai des projets, moi aussi j'ai des principes à la con. Suis-je donc si différent? Non. C'est dans leurs regards que je suis malade, que je me sens malade.
Malade? Pour la première fois depuis 9 mois je me demande si je le suis vraiment.
Je l'ai été, c'est une certitude. Mais depuis combien de temps? Je me suis laissé aspirer par ce besoin vital de me débarrasser de cette tare absolue, de cette aberration, de ce cancer. Je me suis crée une dépendance, bourré de placebos et de drogues dures mais pour soigner quoi exactement? Ne me suis-je pas foutu moi-même dans cette absurde posture? Je ne suis pas différent des autres. Ni de Machin, ni du winner, ni de personne. Je n'ai jamais été différent et ça ne changera pas aujourd'hui. Je ne suis pas malade.
C'est le déclic. Le processus s'inverse... Je dois arrêter les traitements. Je ne suis pas malade. Doucement. Je compense comme je peux. Me gave de cinéma, de lectures, de musique. Je ne suis pas malade. Je me retrouve. Un peu.
Fini les rituels de séduction, les plans drague minables, les parades nuptiales. Je fais le tri dans mes contacts MSN. Je me désinscris des sites de rencontres. Pas tous. Je découvre de nouvelles personnes. Les apprécient pour ce qu'ils sont. Pas tous. Je redeviens lentement ce que j'ai toujours été, un mec banal, fainéant parfois autiste. Je redeviens celui que mes proches appréciaient. Pas tous.
Je ne suis pas Machin. Mais Machin n'est pas plus malade que je ne l'étais.
Je suis un être infiniment plus complexe qu'un simple statut marital. Je n'ai pas le célibat. Je suis célibataire. Pour une période indéterminée.
C'est grave docteur?
Explosions in the Sky - Catastrophe and the Cure - All of a Sudden I Miss Everyone